Concevoir durablement ne consiste pas seulement à réduire les consommations d’un bâtiment. C’est interroger l’ensemble de nos choix : les matériaux, les usages, le confort, la durée de vie des aménagements et, finalement, notre manière même de concevoir.
C’est autour de cette réflexion que j’ai eu le plaisir d’intervenir au showroom JAB, à l’invitation de JAB et de l’AGGH — Association des Gouvernantes Générales de l’Hôtellerie — llors d’une conférence consacrée à l’architecture durable en hôtellerie et à l’éco-conception.
Une quinzaine de minutes seulement pour parler d’un sujet immense.
Mais peut-être suffisamment pour rappeler une évidence : face aux enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés, l’architecture ne peut plus être pensée exactement comme auparavant.
L’architecture durable en hôtellerie ne commence pas avec un catalogue de matériaux
Lorsqu’on évoque l’architecture durable, la discussion se concentre souvent très rapidement sur les matériaux.
Quel isolant choisir ?
Quel matériau biosourcé employer ?
Quel produit possède la meilleure performance environnementale ?
Ces questions sont évidemment essentielles.
Mais elles arrivent presque déjà trop tard.
La première ressource d’une architecture durable reste la conception elle-même.
Avant de choisir un matériau, il faut regarder le bâtiment, son orientation, son environnement, son climat, ses usages et les besoins de ceux qui vont l’occuper.
Comment entre la lumière ?
Comment éviter les surchauffes ?
Comment favoriser le confort thermique ?
Comment limiter les besoins énergétiques plutôt que chercher uniquement à les compenser par des équipements ?
Comment conserver ce qui peut l’être ?
Et comment concevoir aujourd’hui quelque chose qui ne deviendra pas obsolète demain ?
L’éco-conception commence précisément là : dans la capacité à penser avant de produire.
Concevoir durablement, c’est aussi concevoir pour durer
Nous avons pris l’habitude d’associer la question environnementale à la consommation d’énergie.
Elle est fondamentale, mais elle ne constitue qu’une partie du problème.
Un espace peut être performant énergétiquement et néanmoins avoir été conçu avec des matériaux difficilement réparables, des équipements rapidement obsolètes ou des aménagements appelés à être remplacés quelques années plus tard.
La durée de vie devient donc elle aussi un enjeu de conception.
Dans un projet de rénovation ou d’aménagement, il faut pouvoir s’interroger sur la provenance des matériaux, leur transformation, leur mise en œuvre, leur entretien, leur réparabilité et, lorsque cela est possible, leur réemploi ou leur devenir en fin de vie.
Dans une démarche d’architecture durable en hôtellerie, c’est là que les matériaux biosourcés peuvent notamment prendre tout leur sens.
Mais, là encore, les matériaux biosourcés restent des matériaux de construction soumis à des exigences techniques et réglementaires : aucun matériau n’est vertueux simplement parce qu’une étiquette le proclame.
Un matériau pertinent est d’abord un matériau adapté au bâtiment, à son usage et à sa durée de vie.
L’architecture durable en hôtellerie : penser aussi aux usages
Cette réflexion prend une dimension particulière dans l’univers hôtelier.
Un hôtel doit évidemment être beau.
Il doit accueillir, rassurer, surprendre parfois, procurer du confort et créer une expérience.
Mais derrière l’expérience du client existe toute une réalité quotidienne beaucoup moins visible.
Il faut nettoyer.
Entretenir.
Réparer.
Remplacer.
Faire fonctionner les équipements.
Adapter les espaces aux usages.
Et permettre aux équipes qui interviennent quotidiennement de travailler dans de bonnes conditions.
C’est précisément ce qui rend les échanges avec les professionnels de l’hôtellerie particulièrement enrichissants.
Après la conférence, les discussions ont notamment porté sur les matériaux, la réduction des consommations, l’évolution des pratiques d’aménagement, la sensibilisation des clients et l’intégration progressive des enjeux environnementaux dans l’expérience hôtelière.
Ces échanges rappellent qu’une architecture véritablement durable ne peut pas être seulement regardée.
Elle doit être vécue.
Le durable ne peut pas être l’affaire d’un seul professionnel
L’architecte peut proposer.
Le bureau d’études peut calculer.
Le fabricant peut développer de nouveaux produits.
L’entreprise peut améliorer ses pratiques.
L’exploitant peut faire évoluer ses usages.
Les équipes peuvent identifier les difficultés rencontrées quotidiennement.
Et le client lui-même peut progressivement modifier ses attentes.
Mais aucun de ces acteurs ne peut réussir seul.
C’est probablement l’un des enseignements les plus importants des échanges qui ont suivi cette conférence : la transition écologique ne repose pas sur un acteur providentiel, mais sur l’évolution de toute une chaîne de décisions.
Et l’architecte se trouve précisément à l’un des endroits où ces décisions peuvent être mises en cohérence.
Son rôle n’est pas seulement de dessiner une forme.
Il consiste aussi à arbitrer, questionner, anticiper et mettre en relation des contraintes parfois contradictoires : esthétique, usage, technique, économie, réglementation, entretien, confort et impact environnemental.
Peut-on concilier luxe et sobriété ?
La question peut sembler presque provocatrice dans l’univers de l’hôtellerie.
Pendant longtemps, le luxe a été associé à l’abondance.
Davantage de matière.
Davantage d’équipements.
Davantage d’espace.
Davantage d’effets.
Mais la notion de luxe évolue.
Un espace confortable sans être énergivore.
Une lumière naturelle intelligemment exploitée.
Un matériau choisi pour ses qualités plutôt que pour son seul effet visuel.
Un aménagement capable de traverser les années sans paraître immédiatement daté.
Un bâtiment qui respecte davantage son environnement tout en offrant une expérience remarquable.
Tout cela peut également constituer une forme de luxe.
Peut-être même une forme beaucoup plus contemporaine.
Car la sobriété ne signifie pas nécessairement le renoncement.
Elle peut être le résultat d’un choix plus précis.
Le vrai luxe sera peut-être la pertinence
Cette conférence n’avait évidemment pas vocation à apporter en quinze minutes toutes les réponses.
Elle permettait plutôt d’ouvrir quelques portes.
De rappeler que l’architecture durable ne se résume ni à une technologie, ni à un matériau, ni à un argument marketing.
Elle constitue une manière différente d’aborder le projet.
Observer davantage.
Questionner les besoins.
Conserver lorsque cela est possible.
Transformer lorsque cela est nécessaire.
Choisir les matériaux avec discernement.
Anticiper les usages et l’entretien.
Et concevoir des espaces capables de durer.
Je remercie Christophe Bringuier, les équipes JAB et l’AGGH pour leur accueil, leur confiance et la qualité des échanges qui ont prolongé cette intervention.
Et peut-être que le vrai luxe demain ne sera plus l’abondance.
Ce sera la pertinence.


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