Avec le PLU bioclimatique de Paris, la question du confort d’été n’est plus secondaire.
La densité du bâti, l’importance des surfaces minérales et le manque de végétation favorisent le phénomène d’îlot de chaleur urbain. Les températures mesurées dans la capitale peuvent ainsi être jusqu’à 6,5 °C plus élevées que dans la campagne francilienne.
Dans le même temps, Paris doit continuer à répondre à une crise du logement particulièrement forte, alors que le foncier disponible est extrêmement limité.
Comment concilier ces impératifs ?
Comment continuer à transformer et à construire la ville tout en la rendant plus habitable lorsque les températures augmentent ?
Entré en vigueur en 2024, le PLU bioclimatique de Paris tente d’apporter une réponse à cette équation en agissant simultanément sur le bâti, les sols, la végétation, les matériaux et les usages.
Le confort d’été devient un enjeu architectural
Pendant longtemps, nous avons principalement envisagé la performance thermique des bâtiments sous l’angle de l’hiver : limiter les déperditions, isoler davantage et réduire les besoins de chauffage.
Le changement climatique nous oblige désormais à considérer l’autre moitié de l’équation.
Comment un bâtiment se comporte-t-il lorsqu’il fait chaud ?
Cette question concerne naturellement son isolation, mais également son orientation, son exposition au rayonnement solaire, la possibilité de ventiler, les caractéristiques de son enveloppe, son environnement immédiat et la présence de végétation.
Le confort d’été ne peut donc pas être réduit à l’installation d’un équipement supplémentaire.
Il doit devenir un véritable paramètre de conception architecturale.
Le PLU bioclimatique de Paris change la manière de construire
L’un des principes du PLU bioclimatique consiste à redonner davantage de place au vivant dans les opérations de construction et de transformation.
Pour certains nouveaux projets réalisés sur des parcelles de plus de 150 m², le PLU peut imposer des surfaces de pleine terre et végétalisées pouvant représenter jusqu’à 65 % de la superficie du terrain.
Le texte encourage également le recours au réemploi et aux écomatériaux dans les projets.
L’enjeu est intéressant car il dépasse la seule performance du bâtiment.
Un projet architectural ne peut plus être considéré comme un objet isolé de son environnement. Le sol sur lequel il s’installe, les arbres qui l’entourent, la capacité du terrain à absorber l’eau et les espaces extérieurs participent eux aussi au confort de ses occupants.
Végétaliser pour rafraîchir la ville
La végétation constitue l’un des outils d’adaptation de la ville aux fortes chaleurs.
Un arbre ne produit évidemment pas du froid comme une machine. Il agit autrement : par l’ombre qu’il procure, par l’évapotranspiration et par les interactions entre végétation, eau et sol.

Dans de bonnes conditions, les végétaux peuvent ainsi réduire la température de surface d’une dizaine de degrés Celsius et celle de l’air d’environ 4 °C.
À Paris, cette stratégie dépasse désormais l’échelle du bâtiment.
À la place de Catalogne, dans le 14ᵉ arrondissement, plus de 4 000 m² de forêt urbaine et 470 arbres ont remplacé une grande partie de l’ancien giratoire routier. Sols perméables, plantations, gestion des eaux pluviales et espaces accordés aux piétons participent à la transformation du lieu.
Le parvis de l’Hôtel de Ville répond à une logique comparable dans un environnement patrimonial particulièrement sensible, avec plus de 2 500 m² concernés par la végétalisation.
Ces interventions montrent que l’adaptation climatique ne se joue pas uniquement derrière les façades.
Elle commence aussi au pied des bâtiments.
À Paris, le premier gisement reste le bâti existant
Mais Paris n’est pas une ville disposant de grandes réserves foncières.
L’un des principaux leviers de transformation reste donc nécessairement le patrimoine bâti existant.
Réhabiliter un immeuble, transformer des bureaux en logements, améliorer une enveloppe ou surélever lorsque les conditions urbaines et techniques le permettent constituent autant de moyens de faire évoluer la ville sans systématiquement repartir d’une page blanche.
Le PLU bioclimatique associe d’ailleurs certaines possibilités de surélévation à la création de logements et à la débitumisation des cours.
Cette approche oblige à regarder autrement ce qui est déjà là.
Un bâtiment existant n’est pas nécessairement un obstacle à la transition écologique. Il peut au contraire en devenir l’un des principaux supports.
Avant de démolir, il faut donc observer.
Avant de remplacer, comprendre.
Et avant de reconstruire, se demander ce qui peut être transformé.
Concevoir le confort d’été avant de climatiser
Lorsque les températures deviennent difficiles à supporter, la réponse la plus immédiate semble souvent évidente : installer une climatisation.
Mais généraliser cette solution ne peut constituer à elle seule une stratégie d’adaptation de la ville.
L’architecture dispose de nombreux leviers permettant de limiter les surchauffes : protection contre le rayonnement solaire, ventilation, travail de l’enveloppe, inertie lorsque celle-ci est pertinente, choix des matériaux, végétalisation et organisation des espaces.
Chaque bâtiment appelle naturellement des solutions différentes. Une façade haussmannienne sur rue, un appartement traversant, un immeuble des années 1970 ou une maison en cœur d’îlot ne présentent ni les mêmes contraintes ni les mêmes possibilités.
C’est précisément là que commence le travail de conception.
Il ne s’agit pas de supprimer la technique, mais de se demander ce que l’architecture peut résoudre avant de demander à une machine de le faire.
Vers une architecture plus low-tech
L’architecture low-tech n’est pas une architecture sans technologie.
Elle consiste plutôt à rechercher, chaque fois que cela est possible, des réponses simples, robustes, réparables et économes en ressources avant de multiplier les systèmes techniques.
Protéger une baie du soleil peut être plus pertinent que refroidir ensuite une pièce surchauffée.
Permettre une ventilation efficace peut limiter certains besoins mécaniques.
Un arbre bien placé peut participer au confort d’un logement pendant plusieurs décennies.
Conserver et transformer un bâtiment peut également éviter de mobiliser de nouvelles quantités de matière.
Cette approche replace finalement l’architecte dans son rôle premier : observer un environnement, comprendre ses contraintes et utiliser la conception pour y répondre avec justesse.
La transition climatique ne nous demande donc pas seulement de construire des bâtiments consommant moins d’énergie.
Elle nous demande de repenser leur relation au soleil, au sol, à l’eau, à la végétation et à la matière.
Et peut-être surtout de changer notre définition même d’un bâtiment performant :
ne plus seulement concevoir des bâtiments performants en hiver, mais des lieux capables de rester habitables en été.
Cet article s’appuie sur un article consacré au PLU bioclimatique de Paris et à l’adaptation de la capitale aux fortes chaleurs, transmis comme source de travail.


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