Laurent Dublanchy lors d’une rencontre France Mentor à la mairie du 15e arrondissement de Paris

Choisir un architecte, c’est d’abord choisir une relation de confiance

Le 17 février dernier, j’ai été invité à une soirée du Cercle des Professions Libérales du 15e arrondissement de Paris, organisée dans la salle des mariages de la mairie. Une soirée qui allait me conduire à réfléchir à une question essentielle : la relation de confiance avec un architecte.

À l’issue des différentes interventions, une proposition nous a été faite : présenter notre activité en une minute.

Une minute.

Une minute pour expliquer ce qu’est un architecte.

J’aurais pu parler de conception, de réhabilitation, d’architecture durable ou de confort thermique.

J’aurais pu évoquer les normes, les autorisations administratives, les contraintes techniques, la performance énergétique ou encore la responsabilité qui accompagne notre métier.

Mais comment résumer tout cela en soixante secondes ?

J’ai finalement choisi de parler d’autre chose.

De confiance.

Choisir un architecte : intervention sur la relation de confiance entre l’architecte et son client à la mairie du 15e arrondissement de Paris.
Prise de parole lors de la rencontre France Mentor à la mairie du 15e arrondissement de Paris, autour du rôle de l’architecte et de la relation de confiance avec ses clients.

Un projet d’architecture commence bien avant les premiers plans.

Il commence par une rencontre.

Un maître d’ouvrage confie à un architecte un lieu qui lui appartient, parfois son logement, une part importante de son patrimoine, un budget souvent conséquent et, derrière tout cela, un projet de vie.

De son côté, l’architecte doit comprendre des attentes qui ne sont pas toujours formulées clairement. Il doit écouter, observer, questionner, parfois reformuler et, surtout, faire la différence entre ce que son client demande et ce dont son projet a réellement besoin.

C’est là que la confiance devient essentielle.

Elle ne consiste pas à dire oui à tout.

Faire confiance à son architecte, ce n’est pas attendre de lui qu’il exécute une commande. C’est accepter qu’il la questionne.

Pourquoi cette ouverture ici ?
Pourquoi ce matériau ?
Pourquoi cette distribution ?
Pourquoi engager ces travaux maintenant ?
Pourquoi, parfois, ne pas les engager du tout ?

L’architecte n’est pas là uniquement pour dessiner une réponse. Son rôle est aussi d’identifier les contraintes, d’anticiper les conséquences d’une décision et de proposer des arbitrages entre usages, esthétique, technique, réglementation, budget et pérennité du bâtiment.

C’est probablement l’une des dimensions les moins visibles de notre métier.

Un architecte doit parfois déconseiller une solution que son client souhaitait pourtant vivement.

Parce qu’elle fragiliserait le bâtiment.
Parce qu’elle serait incompatible avec une réglementation.
Parce qu’elle entraînerait des travaux disproportionnés.
Parce qu’une solution plus simple existe.
Ou simplement parce qu’elle ne servirait pas réellement le projet.

Ce « non » n’est pas un obstacle à la relation de confiance.

Il en est parfois l’une des manifestations les plus importantes.

Notre responsabilité ne consiste pas à conforter systématiquement le maître d’ouvrage dans ses premières intuitions. Elle consiste à lui donner les éléments qui lui permettront de prendre des décisions éclairées.

Et cette exigence fonctionne dans les deux sens.

L’architecte doit être digne de la confiance qui lui est accordée : expliquer ses choix, reconnaître ce qu’il ne sait pas, solliciter les compétences nécessaires lorsqu’un sujet dépasse son domaine, rendre visibles les contraintes et ne jamais promettre ce qu’il ne peut garantir.

La confiance n’est donc ni aveugle ni immédiate.

Elle se construit progressivement, par la qualité de l’écoute, la transparence, la pédagogie et la cohérence des décisions prises tout au long du projet.

Et lorsqu’elle existe réellement, quelque chose change.

Le maître d’ouvrage peut exprimer ses doutes.
L’architecte peut remettre en question une demande.
Les désaccords deviennent possibles sans remettre en cause la relation.
Et le projet peut évoluer sans que chaque modification soit vécue comme un échec.

C’est souvent à cet endroit que l’architecture commence véritablement.

Rencontre France Mentor à la mairie du 15e arrondissement de Paris devant un public de professionnels.
Rencontre France Mentor à la mairie du 15e arrondissement de Paris : un temps d’échange autour du mentorat, de l’expérience professionnelle et de la transmission.

La relation entre un architecte et son maître d’ouvrage ne repose cependant pas uniquement sur une proximité humaine.

Elle s’inscrit dans un cadre professionnel exigeant. L’architecte engage sa responsabilité, exerce un devoir de conseil et doit être capable d’alerter lorsque les choix envisagés présentent un risque ou nécessitent l’intervention d’autres compétences.

Cette responsabilité impose aussi une forme de loyauté.

Dire ce que l’on sait.

Dire aussi ce que l’on ne sait pas encore.

Solliciter un bureau d’études, un ingénieur ou un spécialiste lorsque cela est nécessaire.

Ne pas dissimuler une difficulté pour préserver artificiellement une solution séduisante.

Et défendre la cohérence du projet lorsque les décisions successives risquent progressivement de lui faire perdre son sens.

La confiance ne dispense jamais de la compétence. Elle lui permet de s’exercer pleinement.

C’est par cette phrase que j’ai terminé mon intervention ce soir-là.

Elle avait évidemment quelque chose de volontairement souriant.

Mais ce n’était pas seulement une formule.

Je ne prétends naturellement pas qu’un architecte devient l’ami personnel de chacun de ses clients.

L’idée est ailleurs.

Un ami digne de confiance n’est pas celui qui approuve systématiquement toutes nos décisions.

C’est celui qui écoute sans juger.

Qui sait nous dire la vérité lorsqu’elle est nécessaire.

Qui nous alerte lorsque nous prenons une mauvaise direction.

Qui reste présent lorsque surgissent les difficultés.

Et qui, parfois, nous aide simplement à garder le cap.

C’est ainsi que j’aime envisager mon métier : non pas seulement comme celui qui produit un dessin ou obtient une autorisation administrative, mais comme celui qui accompagne un maître d’ouvrage dans une succession de décisions qui transformeront durablement son cadre de vie.

On imagine souvent que le projet commence lorsque l’architecte prend son crayon.

Je crois qu’il commence un peu avant.

Il commence lorsque quelqu’un expose un besoin, une envie, parfois une inquiétude.

Lorsque l’architecte écoute.

Lorsque les premières questions apparaissent.

Et lorsque se construit progressivement cette confiance indispensable pour pouvoir avancer ensemble.

Car derrière les plans, les matériaux, les mètres carrés, les règlements et les travaux, il reste toujours quelque chose de fondamental :

un projet conçu pour des personnes.


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