Comprendre les métiers de l’immobilier pour mieux construire ensemble

En février dernier, j’ai assisté à une conférence consacrée aux métiers de l’immobilier, animée par Julie Douarin, fondatrice de Real Tech RT, et organisée par la communauté FUN IMMO.

Pourtant, derrière un bâtiment, une vente, une rénovation ou une réhabilitation se cache un écosystème d’une extraordinaire diversité.

Architectes, ingénieurs, bureaux d’études, artisans, entreprises du bâtiment, diagnostiqueurs, agents immobiliers, gestionnaires, syndics, assureurs, juristes, financeurs, acteurs de la PropTech, spécialistes de l’aménagement et de l’embellissement…

Les métiers de l’immobilier se croisent ainsi quotidiennement sur les mêmes projets. Mais connaissons-nous réellement le métier des autres ?

Conférence sur les métiers de l’immobilier et la coopération entre professionnels lors d’une rencontre FUN IMMO.
« Et si l’écosystème était bien plus grand qu’il n’y paraît ? » — conférence de Julie Douarin consacrée aux métiers et aux acteurs de l’immobilier, organisée par FUN IMMO.

En février dernier, j’ai assisté à une conférence de Julie Douarin, fondatrice de Real Tech RT, organisée par la communauté FUN IMMO.

Au-delà des chiffres et de la présentation des nombreux métiers qui composent le secteur, une phrase m’a particulièrement marqué :

« Racontez-nous vos métiers. Qu’on sache à quel moment vous appeler. »

Cette invitation autour des métiers de l’immobilier pourrait sembler anodine.

Elle pose pourtant une question fondamentale : savons-nous réellement comment travaillent les professionnels avec lesquels nous sommes amenés à collaborer ?

Nous connaissons généralement leur fonction. Beaucoup moins leurs contraintes.

À quel moment faut-il faire intervenir un architecte ?
Quand solliciter un bureau d’études structure ?
Quel est exactement le rôle d’un diagnostiqueur ?
Quelles sont les responsabilités d’une entreprise ?
Quelles contraintes pèsent sur un syndic, un gestionnaire, un assureur ou un agent immobilier ?

Cette méconnaissance n’est pas nécessairement le résultat d’un manque d’intérêt. Elle tient aussi à l’organisation même de nos professions.

Nous travaillons encore beaucoup en silos.

Chaque métier possède son vocabulaire, ses règles, ses responsabilités, ses délais, ses habitudes professionnelles et parfois même ses propres événements et réseaux.

Nous appartenons pourtant tous au même écosystème. Cette interdépendance constituait précisément l’un des fils conducteurs de la conférence et de ma réflexion à son issue.

Cette méconnaissance mutuelle peut avoir des conséquences très concrètes.

Dans un projet immobilier ou architectural, le moment auquel intervient chaque professionnel est souvent aussi important que la compétence qu’il apporte.

Consulter un spécialiste lorsque toutes les décisions ont déjà été prises peut considérablement réduire sa capacité d’action.

Une contrainte découverte tardivement peut obliger à revoir une conception.

Une réalité structurelle peut remettre en question une intention architecturale.

Une disposition réglementaire peut rendre impossible une solution qui semblait évidente quelques semaines auparavant.

Une décision prise en amont sans connaître les conséquences techniques peut générer des études supplémentaires, des modifications et parfois des dépenses qui auraient pu être évitées.

Ce ne sont pas nécessairement des erreurs individuelles.

C’est parfois simplement le résultat d’une chaîne d’acteurs qui ne s’est pas constituée au bon moment.

Et lorsque les métiers se comprennent mal, les difficultés finissent souvent par se transmettre d’un intervenant au suivant.

Les professionnels travaillent alors davantage en réaction qu’en anticipation.

Les tensions augmentent.

Les responsabilités deviennent plus difficiles à comprendre.

Et au milieu de cette mécanique se trouve celui qui maîtrise généralement le moins ses rouages : le maître d’ouvrage.

Dans le texte qui avait suivi cette conférence, je résumais déjà cette conséquence simplement : lorsque les métiers se parlent mal, les professionnels se mettent mutuellement en difficulté, le client devient anxieux et chacun finit par perdre du temps et de l’énergie.

Cette réflexion résonne particulièrement avec ma pratique d’architecte.

On réduit encore parfois notre métier à sa partie la plus visible : dessiner un projet, déposer une autorisation administrative ou suivre des travaux.

La réalité est beaucoup plus transversale.

Concevoir suppose évidemment de créer.

Mais il faut également comprendre un bâtiment existant, son histoire et sa structure ; analyser des contraintes réglementaires ; anticiper des questions techniques ; dialoguer avec des bureaux d’études et des entreprises ; intégrer les enjeux environnementaux ; considérer les usages ; comprendre les attentes d’un maître d’ouvrage et les traduire en solutions réalisables.

Dans un projet de réhabilitation, cette nécessité devient particulièrement évidente.

L’existant impose ses propres règles.

Le bâtiment a déjà vécu. Il a parfois été modifié, réparé, transformé. Ses matériaux ont vieilli. Certaines interventions anciennes peuvent avoir créé de nouveaux désordres. Sa réglementation a évolué autour de lui.

L’architecte se trouve alors au croisement de nombreuses expertises.

Il ne se substitue pas aux spécialistes.

Il doit au contraire savoir reconnaître leurs compétences, identifier le moment où elles deviennent nécessaires et intégrer leurs conclusions dans une vision globale du projet.

C’est une distinction importante.

La transversalité ne signifie pas tout savoir. Elle signifie savoir faire travailler les savoirs ensemble.

Lors de sa conférence, Julie Douarin avait également utilisé l’image de l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci pour rappeler qu’il ne devrait pas y avoir d’opposition entre la pensée et l’action, le cerveau et la main, la création et la réalisation.

Cette idée me paraît particulièrement juste appliquée au bâtiment.

Un projet ne devient pas meilleur parce qu’un professionnel impose sa compétence aux autres.

Il devient meilleur lorsque les compétences se complètent.

L’architecte imagine et organise.

L’ingénieur calcule.

L’artisan connaît la matière et le geste.

L’entreprise maîtrise les réalités de mise en œuvre.

Le diagnostiqueur apporte sa lecture spécifique du bâtiment.

Le juriste éclaire le cadre juridique.

Le gestionnaire connaît les contraintes d’exploitation.

Chacun regarde le même objet depuis un point de vue différent.

Et c’est précisément la confrontation de ces regards qui permet parfois d’identifier une difficulté avant qu’elle ne devienne un problème.

Un bâtiment n’existe jamais grâce à une seule compétence. Il est le résultat d’une intelligence collective. Cette conviction était déjà au cœur de mon retour sur la conférence.

Les défis auxquels le secteur du bâtiment et de l’immobilier doit aujourd’hui répondre rendent cette coopération encore plus nécessaire.

Réhabiliter davantage plutôt que démolir systématiquement.

Améliorer les performances énergétiques.

Adapter les bâtiments existants aux évolutions climatiques.

Préserver le patrimoine.

Réduire l’impact environnemental des matériaux.

Améliorer le confort d’été.

Faire évoluer les usages.

Composer avec des réglementations de plus en plus nombreuses et avec des bâtiments qui n’ont pas été conçus pour répondre aux exigences actuelles.

Aucun métier ne peut apporter seul toutes les réponses.

L’enjeu n’est donc peut-être pas uniquement de multiplier les expertises.

Il est aussi de mieux organiser leur rencontre.

Savoir qui appeler.

Savoir pourquoi.

Et surtout, savoir quand.

Cela suppose de mieux expliquer nos métiers, leurs limites autant que leurs compétences, et d’accepter de poser des questions sur ceux que nous connaissons moins.

Cette culture du dialogue peut sembler secondaire face aux dimensions techniques ou économiques d’un projet.

Elle ne l’est pas.

Elle participe directement à la prévention des erreurs, à l’anticipation des difficultés et, finalement, à la qualité du résultat.

J’ai également retenu de cette conférence une autre invitation : être fiers de nos métiers.

Non pas par corporatisme.

Mais parce que chacun participe, à son niveau, à fabriquer, transformer, entretenir, transmettre ou réinventer les lieux dans lesquels nous vivons.

Cette responsabilité collective mérite probablement que nous nous connaissions mieux.

Pour un architecte, cela signifie aussi accepter que la qualité d’un projet ne réside pas seulement dans le dessin que l’on produit.

Elle réside dans la capacité à écouter, à anticiper, à réunir les bonnes compétences et à créer les conditions permettant à chacun d’apporter le meilleur de son savoir-faire.

Comprendre le métier de l’autre n’enlève rien à sa propre expertise.

Au contraire.

Cela permet de savoir où elle commence, où elle s’arrête et comment elle peut dialoguer avec les autres.


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