Réhabilitation écologique d’un bâtiment ancien associant maçonnerie existante et structure en bois

Écoconstruction : et si le matériau le plus durable était celui que l’on n’utilise pas ?

L’écoconstruction et le réemploi transforment profondément notre manière de concevoir et de rénover les bâtiments.

Matériaux biosourcés, bois, terre crue, réemploi, économie circulaire, réduction des émissions de carbone : les solutions se multiplient et ouvrent des perspectives passionnantes.

Mais derrière cette évolution apparaît une question plus fondamentale :

Construire durable consiste-t-il seulement à remplacer un matériau par un autre ?

Une réflexion de Nathalie Tchang, ingénieure énergéticienne et présidente de Tribu Energie, dans un entretien publié par La MAF & Vous, apporte une réponse particulièrement intéressante :

« La meilleure ressource pour décarboner, c’est celle qu’on n’installe pas. »

Écoconstruction et réemploi de briques et de bois dans un projet architectural
Conserver, réemployer et transformer : la matière existante peut devenir une ressource pour de nouveaux projets.

Cette phrase invite à déplacer notre regard.

Avant de chercher le matériau le moins carboné, peut-être faut-il commencer par se demander quelle quantité de matière est réellement nécessaire et ce que nous pouvons conserver de ce qui existe déjà.

La recherche de solutions moins carbonées conduit naturellement à s’intéresser aux matériaux biosourcés et aux ressources renouvelables.

Mais il serait réducteur de transformer cette évolution en opposition systématique entre les matériaux.

Dans son entretien, Nathalie Tchang rappelle notamment que le béton reste difficilement substituable pour certains usages, notamment les fondations. Elle souligne également que le bois, malgré ses nombreux atouts, n’est pas une ressource illimitée.

La question n’est donc peut-être pas de déterminer quel serait le matériau écologique par excellence, mais plutôt de rechercher :

le bon matériau, au bon endroit, dans la bonne quantité et pour le bon usage.

Cette approche implique une forme de sobriété constructive.

La performance environnementale d’un projet ne dépend plus seulement des caractéristiques intrinsèques d’un matériau. Elle dépend également de la manière dont nous concevons le bâtiment, de la quantité de matière employée et de notre capacité à limiter ce qui n’est pas indispensable.

Cette réflexion prend une dimension particulière lorsqu’il s’agit de rénovation.

Un bâtiment existant représente déjà une quantité considérable de ressources qui ont été extraites, transformées, transportées puis mises en œuvre.

Dès lors, avant de remplacer ou de démolir, plusieurs questions devraient accompagner notre réflexion :

Que pouvons-nous conserver ?
Que pouvons-nous réparer ?
Que pouvons-nous transformer ?
Que pouvons-nous réemployer ?

Réhabiliter ne signifie évidemment pas tout conserver à n’importe quel prix.

Il s’agit plutôt de comprendre le bâtiment, ses qualités, ses faiblesses et ses possibilités d’évolution afin de déterminer ce qui mérite réellement d’être remplacé.

Cette logique rejoint une conviction essentielle dans le travail sur l’existant : avant d’intervenir, il faut observer et comprendre.

L’écoconstruction et le réemploi invitent ainsi à considérer autrement les ressources déjà présentes dans nos bâtiments.Le réemploi pousse cette logique encore plus loin.

Lorsqu’un bâtiment est déconstruit, les éléments qui le composent ne sont plus nécessairement considérés comme de simples déchets.

Ils peuvent devenir des ressources pour de futurs projets.

Dans l’exemple d’une résidence étudiante à Saint-Ouen présenté dans l’entretien, des briques issues du réemploi ont notamment été utilisées en façade. D’autres matériaux réemployés ont également été intégrés au projet.

Cette démarche modifie profondément notre regard sur la déconstruction.

Un bâtiment détruit ne représente plus seulement des gravats à évacuer.

Il constitue potentiellement un gisement de briques, de bois, d’équipements ou d’autres matériaux susceptibles de connaître une seconde vie.

La matière acquiert alors une histoire qui dépasse celle du bâtiment pour lequel elle avait initialement été produite.

Cette approche suppose cependant une véritable organisation.

L’entretien souligne notamment la nécessité de disposer de bâtiments destinés à être déconstruits afin d’alimenter les filières de réemploi, mais aussi l’importance du développement de plateformes spécialisées capables de récupérer et de tester les matériaux.

Autrement dit, le réemploi ne consiste pas simplement à récupérer quelques matériaux au moment de la démolition.

Il nécessite d’anticiper.

Il faut identifier les ressources disponibles, étudier leur potentiel, organiser leur récupération et trouver les projets dans lesquels elles pourront être réintroduites.

Cette évolution implique également un changement de regard des maîtres d’ouvrage et une structuration progressive de toute la filière.

Architectes, ingénieurs, entreprises, maîtres d’ouvrage et assureurs sont alors amenés à travailler ensemble autrement.

Cette réflexion conduit finalement à dépasser la seule question du choix des matériaux.

Car la transition écologique du bâtiment ne viendra probablement pas d’un matériau miracle capable de remplacer tous les autres.

Elle résultera davantage d’une combinaison de décisions cohérentes, prises tout au long du projet.

Rénover lorsque cela est possible.

Limiter la démolition.

Conserver ce qui peut l’être.

Réemployer les ressources disponibles.

Choisir des matériaux moins carbonés lorsque leur usage est pertinent.

Et surtout, éviter d’utiliser davantage de matière que nécessaire.

C’est peut-être là que se trouve l’une des évolutions les plus intéressantes de notre manière de concevoir.

Pendant longtemps, construire davantage pouvait apparaître comme une réponse naturelle à un besoin nouveau.

Aujourd’hui, la question pourrait devenir :

Comment répondre au même besoin en mobilisant moins de ressources ?

L’écoconstruction ne peut donc pas se réduire à une liste de matériaux considérés comme vertueux.

Cette articulation entre écoconstruction et réemploi conduit finalement à dépasser la seule question du choix des matériaux.

Elle invite à réfléchir simultanément à la matière, à l’énergie, au confort, à la durée de vie du bâtiment et à sa capacité à évoluer.

Elle nous oblige surtout à considérer l’existant non comme une contrainte dont il faudrait systématiquement s’affranchir, mais comme une ressource avec laquelle composer.

C’est probablement l’un des enjeux majeurs de la réhabilitation de demain.

Avant de construire, regarder.

Avant de remplacer, comprendre.

Avant de démolir, chercher ce qui peut être conservé.

Et avant de choisir un matériau, se demander si nous en avons réellement besoin.

Construire moins.
Conserver davantage.
Transformer intelligemment.
Utiliser la bonne matière, au bon endroit.

C’est peut-être cela, finalement, l’écoconstruction.

Cet article s’appuie sur l’entretien de Nathalie Tchang, ingénieure énergéticienne et présidente de Tribu Energie, publié dans La MAF & Vous sous le titre « Le défi de l’écoconstruction par Nathalie Tchang ».


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