L’architecture bioclimatique apporte aujourd’hui des réponses très concrètes aux épisodes de forte chaleur qui se multiplient. Chaque été, certains logements deviennent difficiles à vivre, parfois même inhabitables pendant plusieurs heures de la journée.
Face à cette situation, la réponse semble évidente : installer davantage de climatisation.
Mais est-ce réellement la seule solution ?
Le 30 juillet dernier, j’ai eu le plaisir d’aborder cette question aux côtés de Thierry Viel, spécialiste des matériaux biosourcés, à l’occasion d’une conférence organisée par FUN IMMO.
Cette intervention à deux voix nous a permis de confronter deux approches profondément complémentaires : celle de la conception architecturale et celle des matériaux.
Avec une conviction commune : le confort d’été ne commence pas avec un équipement. Il commence avec le bâtiment lui-même.

Architecture bioclimatique : construire avec le climat plutôt que contre lui
L’architecture bioclimatique est parfois présentée comme une approche récente de la construction.
Elle est pourtant fondée sur des principes très anciens.
Pendant des siècles, bien avant l’apparition de la climatisation et des systèmes techniques modernes, les bâtisseurs ont appris à composer avec leur environnement.
L’orientation des bâtiments, l’épaisseur des murs, la taille et la position des ouvertures, les protections solaires, les circulations d’air, la présence de végétation ou d’eau répondaient autant aux usages qu’aux conditions climatiques locales.
Le soleil, le vent, l’inertie des matériaux et la ventilation naturelle faisaient partie intégrante de la conception.
L’architecture bioclimatique contemporaine ne consiste donc pas à reproduire les constructions du passé. Elle consiste à retrouver cette intelligence du contexte en l’associant aux connaissances et aux techniques dont nous disposons aujourd’hui.
La première question n’est plus seulement : quel équipement installer ?
Elle devient : comment le bâtiment peut-il, par sa conception même, contribuer au confort de ses occupants ?
Architecture bioclimatique : le confort d’été se conçoit
Lorsqu’on parle de performance énergétique, nous avons longtemps concentré notre attention sur l’hiver : isoler davantage, réduire les déperditions, améliorer les systèmes de chauffage.
Le changement climatique nous oblige désormais à considérer avec la même attention le confort d’été.
Plusieurs paramètres peuvent alors être étudiés dès la conception ou lors d’une rénovation : l’orientation et l’exposition des façades, les apports solaires, les protections extérieures, la ventilation naturelle, l’inertie du bâtiment ou encore son environnement immédiat.
L’objectif n’est évidemment pas de prétendre qu’un bâtiment pourra toujours fonctionner sans aucun équipement.
Il s’agit plutôt de réduire ses besoins avant de chercher à les compenser par la technique.
Car refroidir mécaniquement un bâtiment qui accumule trop de chaleur revient en partie à traiter la conséquence sans avoir suffisamment travaillé sur la cause.

Les matériaux biosourcés : une partie de la réponse
C’est précisément dans cette réflexion globale que l’intervention de Thierry Viel prenait tout son sens.
Les matériaux biosourcés occupent aujourd’hui une place croissante dans la réflexion sur la construction et la rénovation durables.
Leur intérêt ne se limite pas à la question de leur empreinte environnementale.
Ils peuvent également participer aux performances thermiques du bâtiment, au confort d’été et à la régulation de l’humidité.
Mais notre échange a également permis de rappeler un principe qui me paraît essentiel :
le meilleur matériau ne compensera jamais, à lui seul, une mauvaise conception.
Choisir un matériau performant sans s’interroger sur l’orientation du bâtiment, ses ouvertures, ses protections solaires, sa ventilation ou son exposition revient à ne traiter qu’une partie du problème.
L’architecture bioclimatique n’est donc ni un catalogue de matériaux, ni une collection de solutions techniques.
Elle est avant tout une méthode de conception.
Observer avant de concevoir
Chaque bâtiment est différent.
Son orientation, sa géométrie, son environnement, son époque de construction, ses matériaux, ses usages et même la manière dont ses occupants y vivent constituent autant de données à comprendre.
C’est particulièrement vrai en rénovation.
Avant d’ajouter des équipements ou de transformer lourdement un bâtiment existant, il faut d’abord chercher à comprendre son fonctionnement.
Où le soleil entre-t-il en été ?
Quelles façades accumulent le plus de chaleur ?
Peut-on créer une ventilation traversante ?
Certaines protections solaires peuvent-elles limiter les surchauffes ?
Les matériaux existants offrent-ils une inertie intéressante ?
La végétation peut-elle participer à l’amélioration du microclimat ?
Cette phase d’observation est essentielle parce qu’elle permet de ne pas appliquer mécaniquement la même réponse à tous les bâtiments.

Réhabiliter plutôt que systématiquement remplacer
Cette approche prend une importance particulière lorsqu’on intervient sur le bâti existant.
Adapter nos bâtiments aux évolutions climatiques ne signifie pas nécessairement tout démolir, tout remplacer ou multiplier les dispositifs techniques.
L’existant possède souvent des qualités qu’il faut commencer par identifier : inertie de maçonneries anciennes, possibilités de ventilation, orientations favorables ou dispositions architecturales qui peuvent être réinterprétées.
La rénovation peut alors devenir un travail d’adaptation plutôt que de substitution.
Il ne s’agit pas seulement de rendre un bâtiment plus performant sur le papier.
Il s’agit de comprendre comment faire évoluer intelligemment ce qui existe déjà.
Architecture et matériaux : deux expertises complémentaires
C’est aussi ce qui rendait cette conférence à deux voix particulièrement intéressante.
Le rôle de l’architecte n’est pas de se substituer au fabricant, au fournisseur ou au spécialiste des matériaux.
Inversement, un matériau, aussi performant soit-il, ne constitue pas à lui seul un projet architectural.
Nos expertises interviennent à des endroits différents mais complémentaires.
L’une permet d’interroger le bâtiment dans sa globalité : son implantation, son orientation, ses usages, son enveloppe et son rapport à l’environnement.
L’autre apporte une connaissance approfondie des propriétés, des performances et des possibilités offertes par les matériaux.
C’est précisément en faisant dialoguer ces compétences que nous pouvons envisager des bâtiments plus sobres, plus confortables et mieux adaptés aux évolutions climatiques.
Et si nous changions finalement de question ?
Face aux vagues de chaleur, nous cherchons naturellement des solutions permettant de rafraîchir nos logements.
Mais l’architecture bioclimatique nous invite peut-être à déplacer légèrement le problème.
Au lieu de nous demander uniquement :
Comment rafraîchir davantage nos bâtiments ?
Demandons-nous aussi :
Comment concevoir et réhabiliter des bâtiments qui aient moins besoin de l’être ?
C’est sans doute là que commence une architecture véritablement durable.


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