Échantillons de matériaux biosourcés utilisés en construction et en rénovation

Matériaux biosourcés : une évidence pour construire et rénover autrement

En mars 2026, lors d’une soirée FUN IMMO, j’ai eu le plaisir d’assister à une conférence passionnante de Thierry Veil, d’Alternativ Bati, consacrée aux matériaux biosourcés.

À l’issue de son intervention, un quiz était proposé aux participants… et j’ai eu la surprise — et le plaisir jouissif 😄 — de monter sur la première marche du podium.

Bon, soyons honnêtes : le mug gagné ce soir-là a immédiatement été adopté. ☕

Thierry Viel présentant des matériaux biosourcés lors d’une conférence FUN IMMO en mars 2026
Thierry Viel, fondateur d’Alternativ Bati, lors d’une conférence consacrée aux matériaux biosourcés – FUN IMMO, mars 2026.

Mais au-delà de l’anecdote, cette « victoire » reflète surtout une conviction forte qui m’anime depuis plusieurs années :

Les matériaux biosourcés ne sont pas une tendance. Ce sont une évidence.

Le secteur du bâtiment est aujourd’hui confronté à un double défi : réduire son impact environnemental tout en continuant à construire, rénover et adapter notre patrimoine aux nouveaux usages et aux évolutions climatiques.

Dans ce contexte, le choix des matériaux n’est plus secondaire. Il participe directement à la réduction de l’empreinte carbone du bâtiment, mais aussi à son confort, à sa durabilité et à la qualité des espaces que nous habitons.

C’est précisément là que les matériaux biosourcés prennent tout leur sens.

Un matériau biosourcé est un matériau issu, en totalité ou en partie, de la biomasse, c’est-à-dire de matières d’origine végétale ou animale.

Dans le bâtiment, on retrouve notamment le bois, le chanvre, la paille, le liège, la ouate de cellulose, les fibres de bois, le lin ou encore certains matériaux issus du recyclage de ressources d’origine biologique.

Leur intérêt est multiple : recours à des ressources renouvelables, capacité de certains matériaux à stocker temporairement du carbone, performances thermiques et hygrométriques intéressantes et, selon les produits et leur mise en œuvre, amélioration du confort d’été.

Mais attention : « biosourcé » ne signifie pas automatiquement « écologique ».

L’origine de la matière première, sa transformation, les liants et traitements employés, son transport, sa durabilité, sa mise en œuvre et sa fin de vie doivent également être pris en compte. Comme pour tout matériau de construction, c’est donc son cycle de vie dans son ensemble qu’il faut considérer.

La rénovation du bâti existant ne consiste pas seulement à améliorer ses performances énergétiques. Elle suppose d’abord de comprendre comment le bâtiment a été construit, comment ses parois fonctionnent et comment elles réagissent à l’humidité, aux variations de température et au passage du temps.

Dans de nombreux bâtiments anciens, les matériaux biosourcés peuvent offrir des réponses particulièrement intéressantes. Certains isolants, comme la fibre de bois, le chanvre ou la ouate de cellulose, permettent notamment de conjuguer performance thermique, gestion de l’humidité et confort d’été.

Leur emploi doit néanmoins être pensé en cohérence avec le support existant. Une bonne isolation n’est pas simplement une question d’épaisseur ou de valeur thermique : elle doit être compatible avec les caractéristiques constructives du bâtiment et avec son équilibre hygrothermique.

C’est précisément pour cette raison que la rénovation exige une approche globale : on ne choisit pas un matériau parce qu’il est à la mode, mais parce qu’il constitue une réponse pertinente à un bâtiment, à un climat et à un usage donnés.

Lorsqu’on parle d’isolation, on pense encore trop souvent au confort d’hiver. Pourtant, avec l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de chaleur, la capacité d’un bâtiment à rester confortable en été devient un enjeu majeur.

Certains isolants biosourcés présentent à cet égard des caractéristiques particulièrement intéressantes. Leur densité et leur capacité thermique peuvent contribuer à ralentir la transmission de la chaleur à travers les parois et à limiter les montées rapides en température à l’intérieur du bâtiment.

Mais là encore, le matériau ne peut pas tout faire. Le confort d’été résulte d’une conception globale : protections solaires extérieures, maîtrise des apports solaires, inertie, ventilation nocturne lorsque les conditions le permettent, orientation et usage du bâtiment doivent être pensés ensemble.

Un bon matériau ne compense jamais une mauvaise conception architecturale.

L’un des grands intérêts des matériaux biosourcés réside également dans l’origine de leurs matières premières. La France dispose de ressources agricoles et forestières importantes : bois, chanvre, lin, paille… autant de matières qui peuvent trouver une utilisation dans le secteur du bâtiment.

Paille et matériaux biosourcés : des ressources renouvelables au service de la construction bas-carbone.
Crédit : Fédération Bretonne des filières Biosourcées (FB2) — CC BY.

Au cours de leur croissance, les végétaux captent du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère et stockent une partie de ce carbone dans leur matière. Lorsqu’ils sont utilisés dans un bâtiment pendant plusieurs décennies, ce carbone reste ainsi stocké durant la vie du matériau.

Leur intérêt environnemental ne se résume cependant pas à cette seule capacité. Une ressource produite localement, peu transformée et intégrée dans une filière de proximité peut également contribuer à limiter certains transports, à valoriser des productions agricoles ou forestières et à développer des savoir-faire sur les territoires.

Là encore, il faut éviter les raccourcis : l’impact réel d’un matériau dépend de l’ensemble de son cycle de vie, depuis la production de la matière première jusqu’à sa transformation, son transport, sa mise en œuvre et sa fin de vie.

Construire plus durablement, c’est aussi apprendre à regarder les ressources qui existent déjà autour de nous.

Si les matériaux biosourcés occupent une place croissante dans le bâtiment, leur utilisation n’est pas pour autant exempte de difficultés.

La disponibilité des produits, l’organisation des filières locales, les capacités de production, les coûts, les habitudes des entreprises ou encore la connaissance des techniques de mise en œuvre peuvent varier fortement selon les territoires et les matériaux concernés.

À cela s’ajoutent les exigences réglementaires et assurantielles propres au secteur de la construction. Prescrire un matériau ne consiste donc pas uniquement à considérer ses qualités environnementales : il faut également vérifier son domaine d’emploi, les techniques de mise en œuvre adaptées et sa compatibilité avec le projet dans lequel il doit s’inscrire.

Le développement des matériaux biosourcés suppose ainsi de faire progresser simultanément la production, la formation des professionnels, la connaissance des produits et leur intégration dans les pratiques courantes du bâtiment.

L’enjeu n’est pas d’opposer les matériaux entre eux, mais d’utiliser le bon matériau, au bon endroit, pour le bon usage.

Les matériaux biosourcés ne constituent ni une solution miracle ni une réponse universelle. Ils représentent en revanche une formidable opportunité de faire évoluer nos manières de construire et, plus encore, de rénover.

Leur développement nous invite à porter un autre regard sur les ressources disponibles, sur le fonctionnement réel des bâtiments et sur les conséquences de nos choix constructifs à long terme.

En tant qu’architecte spécialisé en réhabilitation et en approche bioclimatique, je suis convaincu qu’ils ont toute leur place dans les projets d’aujourd’hui — et davantage encore dans ceux de demain — dès lors que leur prescription est pertinente, raisonnée et adaptée au bâtiment.

Particuliers, maîtres d’ouvrage, architectes, artisans, bureaux d’études, industriels : nous avons collectivement un rôle à jouer pour faire évoluer les pratiques.

Construire ou rénover autrement, ce n’est pas revenir en arrière.

C’est au contraire mettre l’intelligence de la conception, des savoir-faire et des ressources locales au service de bâtiments plus confortables, plus sobres et plus durables.


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